AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 perfectionniste

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
saveallGOD'sAnimals
Admin


Masculin Nombre de messages : 19969
Date d'inscription : 17/05/2007

MessageSujet: perfectionniste   Mer 13 Mar - 16:14

5 avril 98

Perfectionniste, pour le meilleur ou pour le pire ?

Qu’elle soit le signe d’un ego exacerbé ou d’une névrose plus profonde, l’obsession de la perfection est toujours difficile à vivre. Pour celui qui en est victime comme pour son entourage. A moins d’en faire un atout...

Isabelle Taubes

Sommaire
Le narcisse égocentrique refuse sa propre imperfection
Sa Majesté le bébé
L’obsédé du détail
Pour lui, la violence fait désordre
Pierre Desproges
Témoignage
Pourquoi Sonia, journaliste, reste-t-elle des heures rivée à son ordinateur, incapable de passer à la phrase suivante tant qu’elle n’a pas trouvé le mot juste, celui qui exprime exactement son idée ? D’autres pourraient se dire : «Continuons, j’y reviendrai plus tard.» Pas elle. «Impossible d’avancer, blocage total.» Situation pénible mais qui, à terme, débouche toujours sur un excellent résultat. Ce type de « perfectionnisme » est plutôt une qualité. Loin d’être pathologique, la recherche du « toujours mieux » des créateurs – virtuoses de l’écriture, du pinceau ou de la caméra – est inséparable des exigences de leur profession, de leur passion. Leur désir : transmettre un message, procurer du plaisir à autrui. Rien de tel chez le narcisse égocentrique qui se veut parfait pour s’aimer, et chez le perfectionniste maniaque du détail jusqu’à l’obsession, une plaie pour son entourage.

Le narcisse égocentrique refuse sa propre imperfection

Après des mois de travail acharné, Jean vient d’être reçu à l’ENA. De quoi se réjouir ! Mais voilà, il n’est que deuxième. Son épouse, qui se préparait à célébrer l’événement par une petite fête, est rabrouée par un Jean furieux. « Deuxième, tu parles, quelle honte ! » Pour lui, on est premier, sinon on est rien. « Il est l’exemple même de la personnalité narcissique, névrotiquement avide de briller, qui fonctionne sur le mode du tout ou rien, explique Nicole Duquenne, psychothérapeute. Le narcisse cultive une image grandiose de lui-même, mais extrêmement friable. » Il s’aime, mais mal : il s’aime au faîte de la gloire, et se déteste dès qu’il n’y est plus. Et puisqu’il place la barre si haut, les occasions de se haïr sont pour lui légion. A chaque « échec », la dépression le guette. Il devient odieux avec son entourage, comme s’il rendait ce dernier responsable de sa malchance.




Sa Majesté le bébé

Un narcissisme outrancier est le signe d’un infantilisme certain. Tout jeune enfant nourrit des fantasmes de toute-puissance. Pour compenser imaginairement son manque d’autonomie. Et également parce que, pour ses parents, il est « Sa Majesté le bébé ». Or, si certains individus demeurent à vie dans cette position de Petit Prince aux dents longues, c’est que, tout simplement, elle est très confortable, car elle leur donne un but. En général, ils ont été l’enfant préféré, celui sur lequel les parents ont projeté leurs propres fantasmes mégalomanes inassouvis. Et ils continuent de s’efforcer de les contenter, comme quand ils étaient écoliers. « Je me sens toujours obligée de me mesurer à un idéal impossible à atteindre : exceller dans toutes les matières, dans tous les sports, apprendre le violon, être constamment impeccable... Lorsque je m’autorise le moindre plaisir, ou un résultat moyen, je me sens coupable, confie Laure, 23 ans. Le travail et l’obligation de tout réussir sont les seules valeurs qui comptent pour ma mère.»

En chemin, le narcisse tend à oublier l’existence des autres. Son véritable interlocuteur est une sorte de grand Autre abstrait, sans existence concrète, un fantôme. Les proches du narcisse, effectivement, n’ont guère l’impression de compter beaucoup. Ainsi, ils ont beau lui dire qu’intégrer l’ENA, même dernier, c’est formidable, il s’en moque. Impuissants face à ce personnage qui traite par le mépris leurs tentatives de consolation, ils ont fortement envie de l’abandonner à son sort. Jusqu’à son retour à de meilleures dispositions. Car, précisons-le, sauf s’il s’est réellement métamorphosé en requin, son désir de briller lui octroît souvent des qualités non négligables : il sait se montrer charmant, séduisant et, à l’occasion, plein d’humour.

ommaire
Le narcisse égocentrique refuse sa propre imperfection
Sa Majesté le bébé
L’obsédé du détail
Pour lui, la violence fait désordre
Pierre Desproges
Témoignage
L’obsédé du détail

Nettement plus pénible, car encore plus enfermé dans sa problématique, tel est le perfectionniste au sens propre du terme. Il vise moins à briller qu’à transformer le monde en un lieu sans aspérité où rien ne dépasse, où tout tourne rond : net, propre, sans faux plis. « En règle générale, il est resté sous la coupe d’une mère parfaite ou, du moins, jugée telle, et cherche névrotiquement à faire coïncider le monde avec cette perfection supposée », souligne Nicole Duquenne. Sa vie tout entière est mise au service de cette figure maternelle : surtout, qu’elle ne manque de rien et, par ricochet, que l’univers soit sans défaut...

L4’horreur de la faille est au cœur même de son fonctionnement. Il ne se contente pas, comme le narcisse, de détester les siennes, il les traque partout et, de préférence, chez ses proches... En cela, il est névrotisant pour son entourage : à force d’être confronté à ses failles, on finit par se sentir complexé. Nathalie a grandi avec un père maniaque du savoir parfait : « Chaque soir, il organisait un “contrôle des connaissances”, du genre : “Comment s’appelait le navire coulé par les Allemands en 1917, et dont le naufrage a incité les Américains à entrer dans la guerre ?” Quand on séchait, il nous traitait d’imbéciles. Et, ravi, prenait des airs supérieurs. »

L’obsession du petit truc lui fait souvent oublier le résultat final. « Cette horreur de la faille, du manque, s’étend à des domaines variés, précise Nicole Duquenne : le savoir, mais aussi l’argent ; le perfectionniste s’arrange souvent pour en dépenser le moins possible. »Tout ce qui n’est pas net l’exaspère. La plupart d’entre nous apprécient l’ordre ; pour autant, nous nous retenons de hurler si Kevin, une fois de plus, a laissé traîner ses jouets. Le vrai perfectionniste, lui, pique une crise : « Cachez ce désordre qui altère la bonne marche de la planète. » Il passe des heures à pinailler sur une virgule mal placée, ou un clou mal planté. Malheureusement, son obsession du « petit truc » l’amène fréquemment à oublier l’essentiel : le résultat final.

En fait, «le perfectionniste est un grand angoissé, d’où son fanatisme de l’hyper-contrôle», constate Christophe André, psychiatre et psychothérapeute, auteur avec François Lelord de Comment gérer les personnalités difficiles (Odile Jacob). Pour cadrer son quotidien, combattre sa peur de l’inconnu, il a besoin de rituels, souvent sophistiqués jusqu’à l’absurde. Par exemple, il a sa façon à lui de disposer son oreiller, avant de se coucher, faute de quoi c’est l’insomnie. Il s’investit dans des systèmes de classement si alambiqués que nul ne les comprend ; pour les exploiter, il faudra en passer par lui.

Pour lui, la violence fait désordre

A l’inverse du narcisse, franchement chaleureux quand il le décide, le perfectionniste peine à exprimer ses émotions, surtout les plus violentes – la violence fait désordre. En fait, il « emmerde » son entourage. Le mot est grossier mais parfaitement adéquat. En effet, c’est au moment de l’apprentissage de la propreté qu’apparaît ce trait de caractère (le perfectionnisme n’est pas inné), quand l’enfant découvre qu’il peut relâcher ou non ses sphincters, et donner ou non à sa mère ses productions intestinales. Le bambin qui jouit trop de ce nouveau pouvoir de lâcher et de retenir cherchera à retrouver en toute circonstance cette jouissance liée à la maîtrise.

Notamment en se vouant à la recherche de la perfection : la créer serait devenir le maître suprême. Mais, nous rassure Christophe André, quand le perfectionniste parvient à combattre son anxiété, à lâcher prise, son obsession du détail peut se transformer en précieuse attention pour les petits riens que les autres négligent, à tort. De fait, le perfectionnisme peut se révéler un atout, par exemple dans le domaine de la technologie de pointe, où il faut maîtriser un savoir sans cesse remis en question pour être le meilleur. Seulement, il faut en être conscient. Dans l’immense majorité des cas, on demeure perfectionniste jusqu’à son dernier jour. Sauf si l’on se décide à consulter un thérapeute. Car le perfectionnisme n’est jamais que la face visible d’une souffrance plus profonde qu’il convient d’éliminer.

ierre Desproges

Pierre Desproges : “Je ne suis pas à proprement parler ce qu’on appelle un maniaque”

« Simplement j’aime que tout brille et que tout soit bien rangé. Quand je rentre à la maison, la première chose que je fais, c’est de me servir du thé. Je me verse moi-même le thé, bien au milieu du bol. Le sucre doit être vertical. Sinon, c’est le bordel. Ensuite je range le bureau, le chien, les gosses et j’astique le zèbre. [...] J’aime beaucoup les zèbres, les rayures sont bien parallèles. J’aime que les choses soient bien parallèles. Je n’apprécie rien tant que cet instant, trop éphémère, hélas, où ma montre à quartz indique 11 h 11. Parfois j’ai un orgasme jusqu’à 11 h 12. »
Extrait de Pierre Desproges se donne en spectacle (Papiers).

Témoignage

"Je vis avec un perfectionniste"
Le credo de Pierre : placer la barre toujours plus haut, et ce dans les moindres détails. Dans notre vie commune aussi, il cherche la petite bête. Et ça m’agace ! Alors, je prends le contre-pied, pour rétablir l’équilibre. Je laisse volontairement traîner mes affaires, je rate un plat de temps en temps, je déplace exprès un cadre de deux millimètres... Je le provoque, je le titille, je me moque de lui : « Tiens, tu as un lacet plus long que l’autre ». En tout cas, je n’accepte plus ses reproches, ni ses tentatives pour me culpabilise
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
perfectionniste
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Customs d'une maniaque, perfectionniste, narcissique...

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Divers :: Les infos de Végétalienne-
Sauter vers: